Non classé16 hours ago

Au vu de la situation économique en France, les agences événementielles sont très prudentes en matière d’emploi en ce début d’année 2026. Elles redoublent même de prudence depuis le début du conflit armé au Moyen-Orient, qui rajoute une complexité et une incertitude au tableau.
Par Catalina Cueto
Après avoir traversé de multiples crises, les agences événementielles montrent leur résilience et leur capacité à s’adapter. Depuis quelques mois, l’activité subit un ralentissement lié aux conditions économiques en France et aux soubresauts géopolitiques à l’international. Autant de freins conjoncturels qui jouent sur leur politique en matière d’emploi. Faut-il geler les embauches, remplacer les départs, miser sur les contrats en alternance, faire travailler des free-lances ? Autant de questions que se posent les agences au quotidien. Cinq responsables nous livrent leurs réponses pragmatiques.
Chez DSO Événementiel, le directeur Éric Tordjman avoue que les recrutements sont gelés en ce moment, pour plusieurs raisons. « L’adoption du budget 2026 de la France s’est faite officiellement début février, ce qui a retardé les prises de décision chez nos clients institutionnels, remarque-t-il. Cela affecte l’activité du premier trimestre. »
Autre motif d’incertitude : les élections municipales, prévues les 15 et 22 mars prochains. « Traditionnellement, les budgets sont freinés pendant cette période. » Il joue la prudence en matière d’embauche, et préfère rester actuellement avec un effectif stable de huit salariés, qui ont entre 15 ans et 35 ans d’ancienneté. Une équipe de free-lances complète l’ensemble, si besoin.
D’une façon générale, il estime que le recrutement n’est pas si facile. « Je trouve que la formation des recrues n’est pas en adéquation avec le métier en agence événementielle, regrette-t-il. Il leur manque une vision de la stratégie au long terme qui n’est pas abordée dans leur cursus. » Cette compétence leur manque d’autant que le marché l’impose. « Sur le terrain, la concurrence avec les grosses agences s’est intensifiée ces dernier mois. On voit bien qu’elles mêlent l’événementiel et la communication, en mettant en avant un volet stratégique. » Pour l’heure, il fait le dos rond et forme ses équipes.
Je trouve que la formation des recrues n’est pas en adéquation avec le métier en agence événementielle. Il leur manque une vision de la stratégie au long terme qui n’est pas abordée dans leur cursus.
Éric Tordjman – DSO Événementiel
Période peu porteuse
Même stratégie à l’agence Made In Côte d’Azur à Cannes et Mouans-Sartoux. Sa fondatrice Marie-Christine Couette reste prudente, surtout depuis le début du conflit au Moyen-Orient. « Un groupe de clients indiens qui devait venir en juin à Nice a décidé de reporter son événement en octobre », souligne-t-elle. Difficile de recruter dans cette période peu porteuse. « À part un recrutement sur un poste à la communication digitale qui était déjà signé, je préfère stabiliser l’effectif à 10 personnes », avoue-t-elle. Elle met également un coup d’arrêt aux contrats en alternance, au moins jusqu’au deuxième semestre.
Dans le meilleur des cas, vu le positionnement de l’agence qui organise des événements dans toute la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, elle pourrait récupérer des demandes recentrées sur la France. « Si les voyages à l’étranger s’annulent, au vu du contexte géopolitique, nous avons une carte à jouer », espère-t-elle. En attendant d’avoir plus de visibilité, elle reconnaît que choisir le bon ou la bonne candidate est difficile. « Les commerciaux juniors ne veulent plus faire du terrain, mais uniquement de la communication ! Et l’intégration de séniors quinquagénaires dans une équipe déjà constituée de trentenaires s’avère compliquée. » Même si le niveau de rémunération n’est pas très élevé à l’agence, les heures supplémentaires sont toutes rémunérées, « et elles sont fréquentes dans l’événementiel à l’occasion de soirées ou de déplacements », rappelle Marie-Christine Couette.
Les commerciaux juniors ne veulent plus faire du terrain, mais uniquement de la communication ! Et l’intégration de séniors quinquagénaires dans une équipe déjà constituée de trentenaires s’avère compliquée.
Marie-Christine Couette – Made In Côte d’Azur
Ralentissement de l’activité
Pour Alice Depaigne, directrice générale de l’agence Ice Events, à Lille, le contexte actuel impose de la prudence dans les recrutements. Dans l’immédiat, les postes ne sont pas systématiquement remplacés. « Nous observons depuis quelques mois un ralentissement de l’activité dans notre filière, ce qui nous incite à rester vigilants, dit-elle. Nous lançons un recrutement uniquement lorsque nous constatons une augmentation d’activité qui s’inscrit dans la durée. Dans un premier temps, nous privilégions plutôt le recours à des free-lances afin de renforcer ponctuellement l’équipe de six permanents, sans alourdir la structure. » Par ailleurs, elle travaille étroitement avec des écoles spécialisées dans l’événementiel et accueille régulièrement des alternants pour une durée de un à deux ans.
Si recrutement il y a, ce seraient plutôt des profils séniors, capables de piloter des projets événementiels avec autonomie. « Dans notre métier, un chef de projet doit maîtriser à la fois la relation client, la production, la gestion budgétaire et la coordination des prestataires, détaille-t-elle. Cette polyvalence s’acquiert généralement avec plusieurs années d’expérience, souvent autour de dix ans. » Mais elle reconnaît que ces profils expérimentés sont rares. « Face aux difficultés de recrutement rencontrées ces dernières années, nous sommes parfois amenés à ouvrir davantage nos critères, en recrutant des profils ayant environ cinq ans d’expérience et en les accompagnant dans leur montée en compétences », reconnaît-elle.
Nous observons depuis quelques mois un ralentissement de l’activité dans notre filière, ce qui nous incite à rester vigilants, dit-elle. Nous lançons un recrutement uniquement lorsque nous constatons une augmentation d’activité qui s’inscrit dans la durée.
Alice Depaigne – Ice Events
Free-lance ou pas ?
À l’agence BMA à Saint-Ouen-sur-Seine, Chantal Clapeau, la directrice et fondatrice du groupe, a décidé de ne pas geler les recrutements, malgré le peu de visibilité à long terme sur l’activité. « Quand un collaborateur part, nous le remplaçons, dit-elle. Nous ne voulons pas déstabiliser l’équipe ni dégrader le niveau de service vis-à-vis des clients. » L’équipe du pôle événementiel reste donc resserrée sur six permanents, dont un alternant.
L’agence est spécialisée sur l’organisation de conventions, team buildings, congrès et Comex. En comptant le pôle Travel (BBA), l’effectif grimpe à 15 personnes au total, dont trois en contrat d’alternance. « En septembre, je reprendrai un jeune en alternance », prévoit-elle. Même si le système actuel est économiquement moins intéressant qu’auparavant pour les entreprises, elle prône ce type de contrat, qui peut parfois se transformer en CDI. En revanche, elle ne fait pas appel à des free-lances, toujours dans l’optique de conserver les mêmes interlocuteurs face aux clients.
En matière de conditions de travail, l’agence accorde un ou deux jours de télétravail par semaine, et des salaires oscillant entre 28 000 et 45 000 euros bruts annuels, suivant l’expérience. « Nous devons nous aligner sur les conditions des grosses agences si nous voulons attirer des recrues et les fidéliser, avoue-t-elle. Nous accordons également des primes sur chaque dossier, des bonus sur des apports de clients, et un système équitable de dossier partagé. »
Nous devons nous aligner sur les conditions des grosses agences si nous voulons attirer des recrues et les fidéliser. Nous accordons également des primes sur chaque dossier, des bonus sur des apports de clients, et un système équitable de dossier partagé.
Chantal Clapeau – BMA
D’autres agences ont choisi de ne fonctionner qu’avec des collaborateurs extérieurs. Ainsi, à l’agence événementielle Éclaireuse, spécialisée sur le marché du corporate, la fondatrice Estelle Martin a su s’entourer de free-lances talentueux qu’elle sollicite régulièrement. Son modèle reste souple en cas de crise.
« Je fonctionne avec une équipe réduite de personnes qualifiées », explique-t-elle. Ce sont des profils expérimentés de directeur technique, responsable logistique, responsable de production par exemple. « Je ne pourrais pas les rémunérer à temps plein, ils interviennent à la mission, cela nous convient à tous, et permet une grande agilité tout en garantissant à mes clients une qualité de prestation », dit-elle. En 2025, elle a constaté que certains indépendants quittaient le métier pour des CDI dans d’autres secteurs professionnels, sans pour autant constater de pénurie de talents.
Je fonctionne avec une équipe réduite de personnes qualifiées. Je ne pourrais pas les rémunérer à temps plein, ils interviennent à la mission.
Estelle Martin – Éclaireuse

