Aujourd’hui, face à la crise géopolitique et à ses conséquences économiques, et au regard de leur positionnement géographique, comment analysez-vous la situation de vos partenaires DMC ?
Sabine Aucoin : Un tiers de nos partenaires DMC sont dans la zone du Golfe et donc largement impactés par les conflits actuels : annulations de toutes les opés MICE prévues sur cette zone avec, parfois, des reports sur d’autres destinations, en Europe bien sûr, au Maroc, très demandé, mais également, curieusement, des long-courriers (Afrique du Sud, Panama, Brésil, île Maurice, Cap-Vert ou Asie…). Les DMC patientent… Leur résilience est forte et ils gardent pour le moment leurs équipes, car ils sont persuadés que cette période de guerre ne durera pas très longtemps et que le business repartira très vite ensuite !
Alia Boukhris : Nous avons un DMC basé aux Émirats arabes unis et à Oman qui est fortement impacté. À ce jour, les groupes positionnés sur octobre et novembre ne sont pas encore « annulés » ; nous faisons le point au fur et à mesure. Les équipes sont toutes en place. Nous constatons des reports principalement sur l’Europe du Sud.
Face aux agences MICE, notre rôle est de les informer précisément et objectivement des réalités du terrain sur place.
Sabine Aucoin – Safran RP
Katia Kerkez : VIIP n’ayant que des destinations long-courriers, nous n’avons pas eu de report sur des destinations Europe ; nous avons eu plusieurs annulations sur l’Asie pour des groupes prévus en avril et mai (pour des groupes qui avaient des vols réservés sur des compagnies du Golfe) et, malheureusement, sur du court terme, impossible de reporter des groupes de 100 personnes en dernière minute vers l’Amérique latine, que ce soit en termes de dispo ou de coûts du fait que les capacités aériennes sont plus limitées, et les tarifs plus élevés que ce soit pour les vols ou les prestations sur place. Il est fort probable que pour quelque temps la proximité et la sécurité vont devenir des critères déterminants. Avant on regardait le critère de la sécurité par rapport à la destination finale, pas forcément aux pays survolés ; cela va donc aussi changer la donne pour certaines zones comme l’Asie.
Pauline Rubio : Ayant principalement des partenaires DMC situés en Europe et au Maghreb, la situation est stable pour l’instant. Certains de nos partenaires réceptifs ont même bénéficié d’opés prévues initialement au Moyen-Orient ou en Asie et qui se sont urgemment déplacées vers le continent européen. Toutefois, il est indéniable que nous observons déjà un ralentissement des demandes et aussi des prises de décision finale de la part des annonceurs.
Nous constatons des reports principalement sur l’Europe du Sud.
Alia Boukhris – Echapevoo
Audrey Latinier : Au même titre que nos confrères, les projets confirmés à travers le monde ne sont pour le moment pas impactés. Nous constatons surtout un attentisme et une vigilance du côté des annonceurs qui peinent à confirmer les demandes déjà lancées. À notre surprise, l’Amérique du Sud est plébiscitée, notamment le Brésil, la Colombie et le Panama. L’Europe reste toujours numéro 1 avec une légère baisse des nouvelles demandes.
Andrea Küpper : Dans le contexte actuel, nous observons avant tout une évolution des flux plutôt qu’un ralentissement généralisé. La diversité géographique au sein des portefeuilles de mes DMC constitue un véritable levier d’équilibre, leur permettant de répartir les risques entre différents marchés émetteurs. Si certains marchés européens se sont temporairement affaiblis, d’autres ont au contraire progressé, notamment grâce à des réorientations de la demande. Les projets sont majoritairement reportés ou redirigés vers des destinations européennes perçues comme plus stables et adaptées au contexte actuel. Le segment MICE reste résilient, même si l’on observe des prises de décision plus tardives et une attention accrue aux contraintes budgétaires et géopolitiques. Cette situation confirme une tendance de fond : les opérations ne disparaissent pas, elles se repositionnent, avec un recentrage clair sur l’Europe.
Il est fort probable que pour quelque temps la proximité et la sécurité vont devenir des critères déterminants.
Katia Kerkez – VIIP Représentation
Au regard de cette période d’incertitude, quel est votre rôle en tant qu’expert du marché MICE ?
Sabine Aucoin : Face aux agences MICE, notre rôle est de les informer précisément et objectivement des réalités du terrain sur place, de les conseiller et de leur redonner confiance pour le futur. Mais aussi de les orienter vers d’autres destinations pouvant correspondre à leur brief ! Pour nos partenaires DMC, notre rôle est de les tenir au courant régulièrement de l’évolution du marché MICE en France et des réactions des agences face à l’impact de la guerre sur leurs clients. Mais l’avenir est imprévisible au vu des annonces contradictoires chaque jour !
Alia Boukhris : Je partage totalement le positionnement et l’analyse énoncés par Sabine Aucoin de Safran RP.
Katia Kerkez : Maintenir le contact avec les agences MICE et préparer 2027. Avec nos DMC, comme pendant le Covid-19, être présents pour eux, travailler sur des idées nouvelles…
Ce qui est et restera immuable chez l’humain, c’est le besoin de se réunir, de découvrir et de partager des moments forts.
Pauline Rubio – MICE Connections
Pauline Rubio : Comme l’on précédemment exprimé nos consœurs, notre rôle est de rassurer et conseiller nos DMC et les agences et peut-être profiter de cette légère accalmie pour réfléchir à certains sujets qui peuvent être en attente, comme la communication, le marketing et la stratégie.
Audrey Latinier : Nous adhérons aux propos de Safran RP. Nous conservons en effet notre rôle de conseillers auprès des agences et des DMC, comme nous l’avons toujours fait en période de crise. Tout en faisant preuve d’objectivité pour l’avenir.
Andrea Küpper : Dans ce contexte d’incertitude, notre rôle est avant tout d’apporter de la lisibilité à nos partenaires. Nous agissons comme une interface stratégique entre les DMC et les agences MICE, en intervenant en amont pour orienter les projets vers les partenaires les plus adaptés. Nous accompagnons les DMC dans l’évolution de leur positionnement et la valorisation de leur offre, tout en orientant les agences vers des solutions cohérentes avec le contexte. Notre valeur réside dans notre capacité à éclairer les décisions et à proposer des alternatives concrètes, afin d’accompagner les évolutions du marché.
À notre surprise, l’Amérique du Sud est plébiscitée, notamment le Brésil, la Colombie et le Panama.
Audrey Latinier – Carré Destinations
Quel message voudriez-vous faire passer aux annonceurs et agences événementielles du marché français ?
Sabine Aucoin : Nos DMC sont sur place depuis des années, bien implantés, ont vécu – et survécu – à d’autres crises et ils espèrent un rapide retour des opérations MICE. Ils vous attendent, avec de nouvelles idées et possibilités !
Alia Boukhris : Le propre de l’homme, c’est de voyager. Aujourd’hui, le monde est incertain, mais on oublie vite. Les Émirats arabes unis, Oman, le Qatar ou l’Arabie saoudite ont le pouvoir de faire revenir les clients rapidement dès que l’éclaircie sera visible. Nos réceptifs sont résilients, solides financièrement et sortiront renforcés de cette crise. Sur le reste du monde, nous voyons une continuation des demandes pour fin 2026, 2027 et même 2028, donc les clients se projettent encore pour organiser leurs événements à l’étranger toutes destinations confondues, ce qui est bon signe.
Katia Kerkez : Là, on vit comme un Covid-19 bis mâtiné d’une touche de volcan Eyjafjöll, doublé d’une crise économique chez nous liée à l’énergie qui va mettre à mal les entreprises ; cela risque de considérablement modifier le panorama pour les mois à venir en termes de voyages MICE, mais les agences événementielles françaises sont professionnelles et résilientes, elles ont passé beaucoup de crises ces 10 dernières années, et ont su se renouveler ; nous serons là comme nous l’avons fait depuis 30 ans en tant que partenaire pour les épauler avec notre expertise locale qui devient stratégique par notre connaissance du terrain, notre capacité à faire gagner du temps et leur donner accès à des prestataires locaux fiables, et confirmer ainsi le rôle important de nos DMC dans la chaîne de valeur événementielle.
Dans ce contexte d’incertitude, notre rôle est avant tout d’apporter de la lisibilité à nos partenaires.
Andrea Küpper – Andrea Küpper & Partners
Pauline Rubio : Nous vivons dans un monde en pleine (r)évolution et, de facto, cela le rend instable. Mais l’homme est surprenant et n’a jamais cessé de s’adapter et il s’adaptera encore, comme pendant et après la période Covid-19. Ce qui est et restera immuable chez l’humain, c’est le besoin de se réunir, de découvrir et de partager des moments forts, ensemble, à plusieurs. Et le MICE répond pleinement à ce besoin. Nous demeurons donc positives et pleine d’espoir quant à l’avenir de notre métier et de nos DMC.
Audrey Latinier : Nous maintenons nos actions de promotion et de visibilité avec nos partenaires DMC et les acteurs du MICE. Restons ensemble confiants pour une reprise globale et durable qui est proche. Nous avons surmonté de nombreuses épreuves et continuerons !
Andrea Küpper : Dans le contexte actuel, marqué par l’incertitude, s’appuyer sur un DMC est plus que jamais une réponse stratégique. Leur expertise locale permet de sécuriser les opérations, d’anticiper les imprévus et de garantir des projets fluides et efficaces. Pour les agences, c’est aussi un moyen de se concentrer sur leur cœur de métier, tout en bénéficiant d’un accès direct aux meilleurs réseaux locaux et d’un partenaire fiable sur place, capable d’accompagner chaque étape et d’assurer le succès des événements.
Propos recueillis par Dominique Pourrias

