Événementiel : une dynamique sous tension

Non classé17 hours ago

Stéphane Abitbol - Lévénement (c) Groupe S'cape
Les agences événementielles sont soumises à une conjoncture instable, sans visibilité. Après un début d’année dynamique, le conflit au Moyen-Orient, qui fait grimper le coût des carburants et des transports, couplé à une incertitude économique, freinent les prises de décisions chez leurs clients. Elles témoignent sur leur quotidien.
Par Catalina Cueto

Le premier trimestre de 2026 a été marqué par une bonne dynamique de croissance dans l’événementiel. Mais le marché reste sous tension. C’est ce qui ressort du dernier baromètre économique réalisé par l’association Lévénement, qui regroupe une centaine d’agences événementielles. Selon la cinquantaine d’agences répondantes, le début de l’année a été actif, avec une hausse de 20 % du chiffre d’affaires signé, par rapport à la même période de 2025. 56 % des agences constatent une stabilité ou une hausse du nombre de consultations. Dans le même temps, les équilibres évoluent. Les agences font face à une intensification de la concurrence, avec des consultations nombreuses, mais des transformations parfois plus incertaines.
« L’enseignement de ce baromètre est que le business continue malgré les problèmes exogènes qui nous impactent, résume Stéphane Abitbol, président de Lévénement. Mais il faut que l’année tienne ! » En effet, 61 % des agences répondantes disposent de moins de trois mois de visibilité sur leur activité. « Il y a peu de visibilité sur le second semestre, confirme-t-il. En entreprises, il est devenu compliqué de se projeter. » Selon lui, certains secteurs continuent à résister, comme le luxe, l’automobile, la banque et la santé. Le baromètre souligne même la progression de 10 % des projets signés en direct, sans passer par la procédure d’appel d’offres. « Cette tendance prouve que la confiance des clients envers les agences grandit. Notre capacité à apporter du conseil dans la durée est reconnue. » En parallèle, la baisse des budgets, déjà sensible en 2025, s’accentue. « Il faut faire autant avec moins. L’activité est plus challenging. » Quant aux destinations de report, considérées « safe et pas chères », il cite l’Espagne et le Portugal, en plus de la France.

Il y a peu de visibilité sur le second semestre. En entreprises, il est devenu compliqué de se projeter.
Stéphane Abitbol – Lévénement

Budgets de plus en plus serrés
Dans les agences, la tendance est à l’attentisme. Pour Éric Tordjman, président de l’agence DSO, la période est jugée compliquée. « Les clients n’ont pas la tête à organiser des événements en ce moment, avoue-t-il. Les rendez-vous récurrents se maintiennent, mais les autres projets sont en stand-by. » Son carnet de commande se remplit, plutôt avec des reports sur le second semestre. « Nous gérons un lieu de séminaires près de Lyon, ce qui constitue un avantage par rapport à l’actualité internationale et aux déplacements rendus plus difficiles. La proximité est une carte à jouer. »

Éric Tordjman - DSO Événementiel (c) DSO Événementiel
(c) DSO Événementiel

Il constate que les demandes sont peu dynamiques dans l’hôtellerie également. « Certains établissements nous sollicitent pour travailler en partenariat, car ils cherchent des également des clients. » Par ailleurs, il constate également un hiatus entre l’augmentation des coûts des prestations (due aux frais de transports notamment) et les budgets proposés par les clients. « Les budgets sont de plus en plus serrés, voire irréalistes. Certains clients pensent que leur demande va être acceptée, mais c’est impossible. »

Les budgets sont de plus en plus serrés, voire irréalistes. Certains clients pensent que leur demande va être acceptée, mais c’est impossible.
Éric Tordjman – DSO Événementiel

Demande de destinations sûres
Sylviane Girardo, directrice générale de l’agence Sagarmatha (groupe Hopscotch), note que ses clients expriment un grand besoin de rassembler et de rassurer leurs équipes. Les événements autour des anniversaires d’entreprise sont de bonnes occasions pour transmettre des messages positifs, que ce soit dans le domaine du sport ou de l’automobile.

Sylviane Girardo - Sagarmatha (c) Sagarmatha
(c) Sagarmatha

« Plus le contexte est complexe, plus le besoin est là, un peu comme après le Covid-19, dit-elle. Mais le format des événements est challengé, en matière de distance et de durée. En fait, nos clients demandent à aller moins loin, moins longtemps. » La demande générale est d’organiser des événements dans des pays « safe » avec des compagnies aériennes sûres. « Le fait que Transavia annonce des annulations de vols est pénalisant, juge-t-elle, dans la mesure où elle dessert beaucoup l’Europe, notre nouveau terrain de jeu. » Le second semestre s’annonce mou pour le moment, avec « peut-être un phénomène de dernière minute comme on a déjà connu ».

Quant aux budgets, ils restent conséquents, mais ne suivent pas la hausse des tarifs des prestations. « Le budget par personne a baissé, du fait du coût des transports, des hôtels, de la restauration », regrette-t-elle. Autre observation : les services achats des entreprises sont très impliqués dans les appels d’offres. « Les compétitions sont très dures, et trop d’agences sont sollicitées, alerte-t-elle. Il faut trouver un juste équilibre entre la taille de l’événement et le nombre de compétiteurs. Dans certains cas, nous refusons de répondre. »

Plus le contexte est complexe, plus le besoin est là, un peu comme après le Covid-19. Mais le format des événements est challengé, en matière de distance et de durée. En fait, nos clients demandent à aller moins loin, moins longtemps.
Sylviane Girardo – Sagarmatha (groupe Hopscotch)

Interrogation de la part des clients
Élodie Dufour, directrice communication et marketing Travel chez WMH Project, s’estime épargnée pour le moment, car aucun événement prévu ne se déroule dans la zone impactée par le conflit du Moyen-Orient. « Tous les événements de 2026 sont maintenus, y compris vers des destinations long-courriers », se félicite-t-elle. Et de citer le Panama, l’Afrique du Sud, l’Inde… Mais elle enregistre une certaine forme d’attentisme et d’interrogation de la part de ses clients. « Nous vivons un peu le même contexte que pendant le Covid-19, déclare-t-elle. D’expérience, nous savons qu’il faut faire preuve de patience et de résilience. Nous nous projetons à l’horizon 2027-2028, car le délai d’organisation des événements est de un à deux ans. »

Élodie Dufour - WMH Project
(c) WMH Project

Pour l’heure, elle reconnaît que les clients prêtent davantage d’attention aux conditions d’annulation d’un événement, à la localisation des sites et à l’accès aérien. « Pour autant, cela ne remet pas en cause leur décision », assure-t-elle. Les budgets et les tailles de groupes incentives restent identiques, entre 50 et 1 000 participants. « Les voyages-récompenses constituent le volet principal de notre activité, rappelle-t-elle, dans tous les domaines économiques. »

Nous vivons un peu le même contexte que pendant le Covid-19. D’expérience, nous savons qu’il faut faire preuve de patience et de résilience. Nous nous projetons à l’horizon 2027-2028, car le délai d’organisation des événements est de un à deux ans.
Élodie Dufour – WMH Project

Prises de décisions plus longues
Chez Ideacom, le directeur du développement Marc Bourdier constate « un ramollissement du marché ». Avec son expérience, il sait que « à chaque bruit de bottes, cela crée du report et de l’attentisme chez les clients ». Il n’enregistre pas d’annulation à ce stade. « Nous venons de réaliser un événement aux États-Unis, dit-il. Notre client a maintenu le voyage, mais nous a demandé plusieurs scénarios de repli en cas d’incident. Nous avons été particulièrement vigilants et tout s’est bien passé. »

Marc Bourdier - Ideacom (c) Ideacom
(c) Ideacom

Actuellement, il observe à la fois un allongement des prises de décision et une demande de concrétisation rapide, dus au manque de visibilité générale sur le contexte économique et géopolitique. « Il est encore trop tôt pour mesurer précisément l’impact des annulations de vols par les compagnies aériennes, mais cela risque de favoriser les transports en train pour l’organisation d’événements. De toute façon, nous travaillons essentiellement sur la France. » Lucide, Marc Bourdier estime que le mois de mai va être peu porteur en demandes en raison des nombreux jours fériés. « En mai, rien ne va bouger en entreprises. Comme d’habitude, les appels d’offre vont arriver en juin et juillet », prévoit-il.

Il est encore trop tôt pour mesurer précisément l’impact des annulations de vols par les compagnies aériennes, mais cela risque de favoriser les transports en train pour l’organisation d’événements. De toute façon, nous travaillons essentiellement sur la France.
Marc Bourdier – Ideacom

À Marseille, Patrick Thorel, cogérant de l’agence Madiba, spécialisée dans l’organisation de séminaires commerciaux, observe « un carnet de commandes très ralenti ». Pourtant, selon lui, les réunions commerciales sont encore plus nécessaires quand les chiffres ne sont pas bons en entreprises. « Elles servent à remotiver les équipes », argumente-t-il.

(c) Madiba

Les destinations impactées par le conflit entre l’Iran et les États-Unis ne sont plus demandées, comme Dubaï, Abu Dhabi et le Qatar. « Pour autant, nous n’observons pas de report particulier sur la France », dit-il. Si le train a la cote dans les appels d’offres, c’est surtout en raison des critères RSE suivis par les entreprises, et non pas pour éviter l’avion. « Les clients continuent à choisir le transport aérien, si cela est nécessaire », souligne-t-il. Quant aux budgets, ils sont en baisse d’environ 10 %. « Pour donner satisfaction aux clients, nous pouvons jouer sur la catégorie d’hôtels, ou négocier auprès de certains hôteliers qui souffrent également en ce moment », conclut-il.

Pour donner satisfaction aux clients, nous pouvons jouer sur la catégorie d’hôtels, ou négocier auprès de certains hôteliers qui souffrent également en ce moment.
Patrick Thorel – Madiba

LÉVÉNEMENT : baromètre économique du premier trimestre 2026

 + 20 % : c’est la hausse moyenne du chiffre d’affaires signé au premier trimestre 2026, par rapport à la même période en 2025. Cette évolution confirme que l’activité est bien présente, portée par un volume soutenu d’opportunités commerciales.
 56 % des agences constatent une stabilité ou une hausse du nombre de compétitions et consultations.
61 % des agences disposent de moins de 3 mois de visibilité surleur activité, ce qui implique un pilotage plus agile de l’activité.
À retenir : ce début d’année 2026 dessine ainsi un secteur actif mais sous tension, où la performance repose autant sur le volume d’activité que sur la capacité à sécuriser et transformer les opportunités.
Ce baromètre sera désormais réalisé chaque trimestre afin de prendre régulièrement le pouls de l’activité du secteur. 
Source : Lévénement

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